Délesté.es chapitre III – Origines, Fabreville, 2023
Délesté.es chapitre III – Roses au crépuscule, Montréal, 2023 Ode à Cassandre de Ronsard Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil, A point perdu cette vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vôtre pareil. Las ! voyez comme en peu d’espace, Mignonne, elle a dessus la place, Las, las ses beautés laissé choir ! Ô vraiment marâtre Nature, Puisqu’une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir ! Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez votre jeunesse : Comme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté.
Délesté.es chapitre III – Délestée, Mirabel, 2023
Délestées Chapitre III - Mascarades. L’attrait de la métamorphose
Toute ma vie, les cheveux blancs ont été un emblème familial, j’irais même jusqu’à dire une fierté.
Mes parents aiment bien raconter que lors de leur mariage, mon père était déjà poivre et sel à l’âge de
23 ans. Ma grand-mère paternelle avait de magnifiques cheveux frisés blancs comme la neige.
D’ailleurs, ma tante Francine arbore maintenant une incroyable crinière longue aussi frappante que sa mère.
Mes parents aiment bien raconter que lors de leur mariage, mon père était déjà poivre et sel à l’âge de
23 ans. Ma grand-mère paternelle avait de magnifiques cheveux frisés blancs comme la neige.
D’ailleurs, ma tante Francine arbore maintenant une incroyable crinière longue aussi frappante que sa mère.
Pour moi, nos cheveux noirs de racines italiennes qui tournaient rapidement au blanc étaient un symbole identitaire fort. Lorsque j’ai trouvé mon premier cheveu blanc à l’âge de 16 ans, j’en ai parlé à tout le monde, je faisais partie de la gang! Puis, le temps a passé, et j’ai coloré mes cheveux de toutes sortes de couleurs pour le plaisir. C’est devenu un passage obligé dans ma routine ne sachant plus où en était la progression
de mon grisonnement. Le doute et la peur de paraître vieille s’est installé. Par mimétisme, la repousse était une injonction à me soumettre aux standards; être jeune à tout prix et pour toujours.
J’en oubliais mon attachement à mes racines familiales.
de mon grisonnement. Le doute et la peur de paraître vieille s’est installé. Par mimétisme, la repousse était une injonction à me soumettre aux standards; être jeune à tout prix et pour toujours.
J’en oubliais mon attachement à mes racines familiales.
Les circonstances de ma vie ont faites que pour plusieurs mois, en 2019, je n’ai pas eu le temps de refaire ma teinture et plus les semaines passaient, plus ma repousse m’intriguait, m’appelait même.
J’avais la curiosité de me rencontrer moi-même. J’ai donc pris la décision de ne plus les teindre, pour voir. Je me réservais le droit d’abandonner le défi à tout moment. Je n’ai jamais eu le goût d’arrêter.
Plus mes cheveux poussaient, plus j’étais ravie de découvrir qui j’étais à ce moment précis de mon histoire.
Plus mes cheveux poussaient, plus j’étais ravie de découvrir qui j’étais à ce moment précis de mon histoire.
« Je me suis réinventée, que veux-tu ?! Combien de fois dans la vie on a des occasions de se métamorphoser ?!
Les femmes ne sont pas condamnées à rester telles qu’elles ont été dans leur jeunesse. Elles ont le droit (je ne dis pas que c’est un devoir, et chacun fait comme bon lui semble), de s’enrichir d’un autre aspect, d’une autre beauté » Sophie Fontanel – Une apparition – p 107
Les femmes ne sont pas condamnées à rester telles qu’elles ont été dans leur jeunesse. Elles ont le droit (je ne dis pas que c’est un devoir, et chacun fait comme bon lui semble), de s’enrichir d’un autre aspect, d’une autre beauté » Sophie Fontanel – Une apparition – p 107
J’ai eu l’impression d’appuyer à fond sur les freins, d’arrêter un voyage effréné, aussi paradoxal que cela puisse sembler, j’avais l’impression d’arrêter le temps... De vivre dans une bulle hors de mon époque. Tout a ralenti, je me suis éjectée de la parade en plein vol. Je m’appartenais.
Le chapitre III de Délesté.es, est une ode aux magnifiques personnes de ma famille qui arborent leur chevelure grise, blanche ou zébrée, au naturel. Ils et elles m’inspirent profondément.
Je souhaite que ce ne soit plus un acte de bravoure. Que le dictat de la jeunesse éternelle s’estompe. Que l’image de la beauté se dissocie de l’éphémère et de la jeunesse exclusivement. Que ces paroles de Sophie Fontanel deviennent caduques :
«Alors qu’aujourd’hui il en va autrement: sans être vieille, tu n’es plus le fruit merveilleux d’une sève. [...] tu es moins bien à jamais. Le beau est dépassé.
Aujourd’hui, de nouveau, tu n’es pas envisageable. »
Sophie Fontanel – Une apparition – p 10
Aujourd’hui, de nouveau, tu n’es pas envisageable. »
Sophie Fontanel – Une apparition – p 10
ReBelle, Prise de vue au 4X5, 2020
Tonto National Monument, Arizona, États-Unis, 2020
Résistance, Prise de vue au 4X5, 2020
Délestées Chapitre II
Suite à mon exploration et ma recherche de nouvelles perspectives au sujet de la poitrine des femmes post-allaitement, le terme délestées a continué de m'habiter.
Il m'a accompagné dans mes réflexions...un compagnon silencieux dont j'apprécie la présence qui encourage à la discordance et à la désobéissance.
Lorsqu'un virus nous a imposé un confinement et que nos habitudes de vie effrénées et automatisées ont été chamboulées, toutes sortes de capsules nous ont été proposées, à nous, femmes. Que ce soit par des médias écrits soi-disant dédiés au bien-être féminin, ou par les médias sociaux, moultes trucs nous étaient proposés pour rester belles au foyer et SURTOUT, pour ne pas se négliger.
Négligerverbe transitif
(latin negligere, de nec, ne pas, et legere, choisir)
J'ai donc voulu photographier ces femmes qui ont décidé de se délester de ces dictats ostentatoires de la mode et de l'apparence physique qui perdurent malheureusement. Celles qui ont choisi « de ne pas choisir » la règle non dite de l'épilation au féminin.
Je veux célébrer ces femmes qui se sont fait le cadeau de se découvrir telles qu'elles sont, souvent pour la première fois de leur vie. Quel beau cadeau que de se donner la chance de se voir au naturel dans toute son entièreté, avec une sincérité empreinte d'amour propre et dénudée de complexes. Et ainsi d'avoir le courage d'affronter des phrases tel que :
« On vit en société, tu ne peux pas faire ce que tu veux comme tu veux, portes au moins des pantalons» (le jour de sa fête en pleine canicule d'août 2021)
« Le regrettes-tu? »
«Tu as donc abandonné l'idée d'avoir des relations sexuelles?»
Mon intention première ici est de me créer une nouvelle perspective et de comprendre notre relation à la pilosité d'autrui. De contribuer au renouvellement des définitions de la beauté au féminin.
Je veux être trichophiles (de thrix, trichos, « poil », et philos, « qui aime », en grec ancien). Et vous?
M1, Photographie au 4X5, 2019
Commune Criqueville-en-Bessin, département du Calvados, Normandie, France, film Delta 400, 2003
M2, Photographie au 4X5, 2019
Délestées Chapitre I
N’ayant eu le privilège de donner la vie qu’une seule fois, mon expérience est totalitaire en moi, imprimée comme vérité absolue. Les beaux souvenirs comme les traumatismes me tatouent la cartographie intérieure de la maternité.
J’ai voulu gratter cette suprématie et inviter d’autres femmes à me partager leur expérience afin de nuancer mon histoire et découvrir des terres inexplorées, renouveler ma perspective.
Nos seins ; source précieuse d’approvisionnement, d’anticorps et de nutriments pour le nouveau-né... mais aussi; carte d’identité féminine imposée, presqu’intrinsèque du au dogme sexualisant la poitrine féminine laissant la femme avec l’idée qu’elle doive être sexuée et sexuelle en tout temps afin de valider la valeur de sa féminité. Un sentiment issu de pressions sociales ; pour être Femme, tu dois arborer une poitrine ronde au tonus de l’orange fraîche.
Manal Drissi disait : « On dit d’une femme qui accouche qu’elle donne la vie, comme si elle se soustrayait à elle-même pour se donner en cadeau. Comme c’est romantique. Mais au risque de vous arracher vos lunettes roses, une femme qui accouche ne fait rien de plus que se réapproprier son corps. Avis d’éviction immédiat et non négociable.
Il faut avoir vu s’assombrir le regard d’une femme qui met toutes ses forces à se délivrer pour saisir que son combat n’est pas celui du don de soi, mais de la reprise de soi. Une femme qui reprend possession de son corps ne connaît ni orgueil, ni pudeur, ni demi-mesure. »
Comment les femmes vivent-elles avec leur poitrine post-allaitement? État des lieux rarement abordé.
Pour ma part, j’ai vécu l’allaitement comme un territoire en « occupation ». Une fois l’assaut terminé, le territoire est déserté, démuni de son rôle nouveau, mais plus jamais le même qu’avant non plus... Des collines délestées. Comment aimé un paysage d’après-guerre?
Cette quête est propulsée par une volonté ardente de célébrer la féminité dans toute son authenticité et de s’affranchir de ce sentiment de mainmise sur une partie anatomique bien à soi.
Terrain plus qu’exploré, terrain non déminé.